Faire la tsedaka est un devoir pour un juif, alors interrogeons-nous sur comment la faire et à qui. Le pourquoi est déjà entendu : l’homme n’étant qu’un locataire dans ce bas monde, il se doit de partager avec autrui dans le besoin tout ce qu’il a.
La tsedaka permet de redresser ce qui semble tordu. La tsedaka permet de soutenir celui qui peine à se tenir debout. La tsedaka permet une solidarité entre personnes ayant un statut social différent. Elle peut permettre une entraide entre personnes ayant un statut social identique.
Si chacun à titre personnel peut ou doit effectuer ces actes de bonté de manière discrète à des personnes connues ou inconnues, membres de sa famille ou étrangers de son quartier, de sa ville, de son pays, il ne va pas de même pour des associations.
Ces dernières font connaître leurs actions de charité et il arrive même de nos jours de voir sur une vidéo, des bénéficiaires témoignant recevoir ces charités. Il arrive aussi que certaines réalisent des actions de charité à l’étranger voire même avec des non-juifs. Si le juif est par essence charitable, ne doit-il pas penser d’abord à ceux qui lui sont plus proches ?
On nous rapporte que les demandes d’aides de personnes démunies sont de plus en plus nombreuses et si certaines institutions divulguent le nombre de ses bénéficiaires, il serait souhaitable de connaître l’ampleur véritable des besoins. Certaines familles peuvent avoir des aides de plusieurs associations quand d’autres sont silencieuses et n’osent ou ne savent pas demander.
En cette période de Tichri, nombreuses sont les associations de charité qui fournissent aux plus démunis de la communauté, des colis de victuailles pour leur permettre d’avoir des sédarim convenables pour les fêtes. Nombreuses sont les personnes en situation de handicap ou isolées qui ne sauraient profiter de ces colis offerts par ces associations.
Ces personnes vulnérables ne sauraient ou ne pourraient cuisiner les mets coutumiers des fêtes. Parce qu’elles sont seules. Parce qu’elles ont un handicap. Parce qu’elles sont âgées ou malades. Préparer et faire un Seder est une tâche qui peut leur être douloureuse ou compliquée.
Les personnes âgées ou handicapées se déplacent difficilement la nuit. Et n’osent accepter même une invitation chez un particulier qui leur est étranger, surtout pour y dormir.
Combien de personnes en situation de handicap n’ont pas fait de Seder de Roch Hachana ? Combien de ces personnes ne sont pas allées dans les synagogues pour y écouter le choffar ?
Quand elles vivent dans des foyers publics, surtout en banlieue, elles sont parfois astreintes à une réglementation rigide d’entrées et de sorties. Si aucun membre de la famille ne vient les chercher, elles ne peuvent mentalement organiser seule un déplacement et prendre un taxi.
Certes, il est difficile de répondre à tous les besoins et toutes les situations. Mais il n’est pas impossible de faire plus d’efforts pour y remédier et chercher des solutions. Ne pourrait-on imaginer une maison communautaire où des personnes en situation de handicap et valides isolées seraient rassemblées ? Non pas pour s’y installer en invitées, mais pour s’entraider et préparer les mets de la fête ? Il y aurait des chambres pour femmes et d’autres pour hommes où ils pourraient dormir. Il pourrait même y avoir leurs offices, aux horaires qui leur correspondent et adaptés à leur handicap.
Une utopie peut mener à un rêve. Un rêve peut mener à un projet. Qui demandera de la volonté et de l’ambition. Ce n’est pas parce qu’il est ambitieux qu’il est impossible. Ce projet pourrait se réaliser si on y consacre les moyens humains et financiers. Ce n’est que justice que de faire la tsédaka avec compréhension, bienveillance et détermination. Chana Tova.

Par Carole Sicsic Journo, Présidente de LéHAÏM Handicap